Voir la danse mystique des disciples de Rumi.

Drôle de danse que celle du derviche tourneur, qui pivote dans sa jupe blanche. Il nous donnerait presque le tournis à nous, spectateurs d’un jour, de passage à Istanbul. Mais savez-vous que derrière ce côté « folklorique » que peuvent nous vendre certaines agences attrape-touristes, les derviches tourneurs sont une véritable confrérie, des plus intéressantes?

A travers ces quelques lignes, je vais tenter de vous donner quelques clés de compréhension de ce que sont les derviches tourneurs et la symbolique de leur cérémonie religieuse, le sema.

Bien-sûr nous parlerons du fondateur de leur ordre, Rumi, personnage incontournable de Turquie et d’Orient.

Et surtout, je vous indiquerai où et comment assister à de véritables cérémonies de Derviches Tourneurs à Istanbul!

Les derviches tourneurs ou ordre des Soufis Mevlevis

Ces fameux derviches tourneurs au nom évocateur, sont avant tout les membres d’une confrérie religieuse, appelée Mevlevi. Il s’agit d’une branche du soufisme, autrement dit de l’Islam, fondée par le célèbre Celal el-din Rumi, aussi appelé Mevlana, au cours du 13ème siècle à Konya.

Du Soufisme aux derviches tourneurs

Qu’est-ce que le soufisme?

Revenons quelques instants sur le soufisme.

Le soufisme est une manière de pratiquer l’islam en y ajoutant une dimension ésotérique, pour communier de manière plus intime avec Allah. Pour cela, les chants, vocalisations et techniques respiratoires sont utilisées afin d’atteindre un état de grâce, de transe, d’extase…

Plusieurs de ces mystiques soufis ont ainsi développé des rituels propres qu’ils ont pu enseigner à leurs disciples, dans différents lieux du monde musulman. C’est ainsi que se sont fondés de multiples ordres soufis. Un très bon article du site de la RTS en dresse un beau panorama.

Mais le plus célèbre des ordres soufis, reste celui fondé après la mort de Celal-ed-din Rumi, aussi appelé Mevlana : l’ordre des Mevlevi ou derviches tourneurs.

De Rumi à Mevlana : parcours d’un maître soufi

Aujourd’hui connu dans le monde entier comme le plus grand poète mystique du Moyen-Orient, Celal El-din, est né en 1207 en Perse, dans la région du Korasan (l’actuel Afghanistan).

Son père était déjà un grand maître Soufi, reconnu et admiré notamment pour ses écrits. Il était appelé « Sultan des Savants ». Ce qui lui a valu l’accueil et la protection des Seldjoukides Rum, lorsqu’avec sa famille, il doit fuir devant l’arrivée des troupes mongoles.

A cette époque, le 13ème siècle, l’empire Ottoman n’est pas encore fondé. Mais les turcs Seldjoukides, dits « Rum » (prononcer Roum) sont déjà bien implantés dans toute l’Anatolie, sur l’ex-territoire de l’empire romain d’Orient déclinant.

C’est ainsi que Celaleddin prend le surnom de Rumi après son arrivée à Konya, capitale du sultanat de Rum.

Plus tard, il prend la suite de son père et enseigne la religion, en tant que maître soufi. On lui attribue alors son autre surnom de Mevlana, qui signifie « Notre maître« .

En 1244, Rumi fait une rencontre décisive. Celle de Shams, un Derviche errant originaire de Tabriz, en Perse. Coup de foudre spirituel entre ces deux âmes sœurs (certaines mauvaises langues diront que c’était plus que de l’amitié…)!

Shams devient son maître spirituel et emmène Rumi sur la voie d’une plus grande humilité et de l’abandon de son égo, pour une communion véritable avec Allah. Dès lors, amour, tolérance et humilité seront à la base des enseignements de Rumi.

Malheureusement pour Shams, sa relation fusionnelle avec Rumi lui vaut jalousie et ressentiment. Shams est assassiné dans le cadre d’un complot, seulement 3 ans après leur rencontre. Rumi ne se remettra jamais de la disparition de son ami…

Mais c’est aussi à partir de ce moment que Rumi se met à l’écriture de poèmes. Son recueil le plus célèbre est le Mesnevi.

Le sema, la cérémonie des derviches tourneurs

Sous l’influence de Shams, Rumi développe ses propres rituels, qui lui permettent de communier intimement avec Allah. Le plus significatif, c’est lors de la cérémonie du sema, quand les derviches se mettent à pivoter sur eux-mêmes, jusqu’à l’ivresse mystique. Comme je l’explique plus bas, cette « danse » si particulière est chargée de symbolisme.

Aujourd’hui, vous pouvez assister à des cérémonies de derviches tourneurs en Turquie. Notamment à Konya, le pays des derviches !

Mais je vous explique également plus bas, où et comment voir de vrais derviches tourneurs à Istanbul!

Symbolique de la cérémonie des Derviches Tourneurs

Lorsqu’un derviche tourne sur lui-même, c’est une prière, une communion avec Allah. Chaque détail du cérémoniel a une signification.

Symbolique dans les vêtements du derviche tourneur :

  • Le Sikke, ce chapeau en feutre marron, symbolise la pierre tombale
  • Le Hirka, ce manteau noir que le derviche enlève avant de pivoter, symbolise la tombe
  • Le Tennure, ces fameuses robe et veste blanches symbolisent le linceul

Assez glauque vous me direz! Sauf que pour Rumi, la mort est quelque chose de joyeux. Il s’agit du moment de la rencontre avec Allah. Le fait d’enlever le manteau noir, représente l’abandon de son ego, prérequis pour l’élévation de l’âme.

D’ailleurs, le 17 décembre, jour de la mort de Rumi est appelé la « nuit des noces« .

L’importance de la musique, des chants et de la poésie pour les derviches tourneurs

La particularité des Mevlevi, c’est cette danse giratoire pratiquée au cours du sema. Mais c’est aussi dans le quotidien de ces derviches, la place centrale qui est donnée à la musique, à la poésie et aux arts de manière générale.

Les mevlevi, lors du sema, forment un orchestre, appelé mutriban. Il se compose a minima de :

neyzen, derviche mevlevi joueur de ney, flûte de roseau traditionnelle pour les derviches tourneurs lors du sema
joueur de ney (statue de cire à Hodjapasha)
  • Le joueur de ney, une flûte en roseau. C’est l’instrument le plus caractéristique de l’ordre des Mevlevi. Sa musique représente l’élévation de l’âme vers l’univers, le souffle divin qui donne la vie.
  • Le joueur de kudum, un double tambourin.
  • Le joueur de Halile, des cymbales.
  • Le chanteur, qui psalmodie des paroles du Coran ou des poèmes de Rumi.

Symbolique de la danse giratoire des derviches tourneurs :

Les derviches effectuent un double mouvement de rotation. Sur eux-mêmes, vers leur gauche, donc vers leur cœur, et également autour de la salle. Cela ressemble beaucoup à une maquette d’astronomie, non? C’est justement une référence à l’univers et la gravitation des planètes autour du soleil. Le cœur de l’homme étant au centre de la création divine!

Quant au mouvement des bras, vous remarquez que la paume de la main droite est orientée vers le ciel, pour recueillir la grâce d’Allah, tandis que la gauche est tournée vers le sol, pour la répandre sur la terre et les Hommes. La tête est inclinée sur la droite, tournée vers le cœur en signe d’humilité.

Avant et après chaque phase giratoire, les derviches se tiennent debout, les bras croisés sur la poitrine, et les mains sur les épaules, pour symboliser l’unité divine. (et peut-être reprendre un peu ses esprits et son équilibre!).

Là maintenant, avouez que ça devient poétique!

Les différentes parties du sema

Une cérémonie de derviches tourneurs dure environ 1 heure. Ce sema, se décompose officiellement en 7 parties qui s’enchaînent. Mais pour moi qui suis néophyte, je distingue surtout 4 temps différents. Je vais donc essayer de vous présenter tout cela simplement, avec mes propres mots :

  • 1er temps : un prélude musical

Lorsque le sema commence, c’est le mutriban – les derviches musiciens – qui s’installe et qui commence à jouer : d’abord le chant, puis les tambours et enfin une impro à la flûte.

Arrivent ensuite les semazen derviches tourneurs, revêtus de leur manteau noir. Le plus « gradé » à l’honneur de déposer une peau de mouton teinte en rouge, face à l’orchestre. Cette peau représente Rumi. Et la ligne imaginaire qui la relie à l’orchestre forme « l’équateur« , sur lequel les derviches ne doivent jamais marcher.

Les derviches se positionnent debout épaule contre épaule durant toute cette première partie, alors que l’orchestre continue de jouer et chanter les prières au prophète. (Ce que j’appelle le 1er temps correspond aux parties 1, 2 et 3 du sema).

  • 2ème temps : les salutations des âmes

Les derviches s’agenouillent et embrassent le sol, puis se relèvent d’un bond en frappant le sol des mains.

derviches tourneurs lors de la salutation des âmes, marche de Sultan Veled, pendant la cérémonie du sema
salutation des âme pendant la « marche de Sultan Veled »

Ils entament alors une série de 3 tours complets de la piste, en marchant, mains croisées sur les épaules. Les derviches se saluent mutuellement, en s’inclinant lorsqu’ils sont face à face, devant la peau de mouton rouge. C’est le salut des âmes.

Le 1er tour pour la création du soleil, de la lune, des étoiles et de toute autre création non vivante. Le 2ème tour, pour la création des plantes. Le 3ème tour pour la création des animaux et des hommes. Les chants psalmodiés sont des prières pour Allah, Mahomet et les autres prophètes qui l’ont précédé.

Remarquez comme ils franchissent « l’équateur », la ligne imaginaire, en passant devant la peau rouge!

(Ce 2ème temps correspond à la partie 4 du sema, dite « la marche de Sultan Veled« , du nom du fils de Rumi. Qui n’était d’ailleurs pas sultan, c’est Juste son prénom…).

  • 3ème temps : la danse giratoire

Les derviches enlèvent leur manteau noir, et l’on découvre leur tenue blanche.

C’est le temps fort du sema, puisque les derviches entament alors une série de 4 tours de pistes, en pivotant sur eux-mêmes. Ce sont les 4 « Selam« .

Les bras s’ouvrent et se relèvent tout doucement, comme une fleur qui éclos.

Regardez la position des mains, paume droite vers le ciel et paume gauche vers la terre! (je vous ai expliqué plus haut pourquoi!). Leur jeu de jambe aussi est spectaculaire. Le pied gauche sert de pivot et le droit donne le mouvement. Ils vont tournoyer ainsi pendant environ une demi-heure, en 4 séquences! (essayez d’en faire autant ne serait-ce qu’1 minute!)

A la fin de chaque tour complet, les derviches reprennent leur position initiale bras croisés, mains sur les épaules, en signe d’unité divine.

les Selam du sema

Lors du 1er selam, les derviches reconnaissent leur état de créature de Dieu, c’est la naissance dans la Vérité. Au 2ème selam ils s’émerveillent devant la création de Dieu. Au 3ème selam, ils se fondent dans l’amour de Dieu, c’est l’abandon du soi. Au 4ème selam, c’est la fin du voyage spirituel, l’âme est purifiée.

(tout ce 3ème temps correspond à la partie 5 du sema, dite des « Selam« ).

  • 4ème temps : le « retour sur terre »

Les derviches tourneurs reviennent à leur position de départ pour les dernières salutations. Ils revêtent leur manteau noir et reprennent leurs esprits tranquillement.

Pendant ce temps, l’orchestre interprète une lecture du Coran et la prière pour le repos des âmes des prophètes et des croyants.

(ce dernier temps correspond aux parties 6 et 7 du sema).

Ainsi s’achève la cérémonie du sema

Pour en savoir plus sur le sema, je vous invite à consulter l’article très complet écrit par Turquoise Production, spécialiste des musiques traditionnelles et populaires de Turquie.

Etre derviche tourneur aujourd’hui

Se former à la danse des derviches tourneurs

Pour ceux qui se poseraient la question de devenir derviche tourneur, sachez qu’il fallait passer par une période initiatique de 1001 jours, dans un couvent de derviches tourneurs, avant de pouvoir porter le titre de « dede« .

Mais la vie de ces communautés de derviches n’a pas été un long fleuve tranquille… Vus d’un mauvais œil par les musulmans les plus orthodoxes, les ordres soufis, même sous l’ère ottomane, ont régulièrement fait l’objets de durcissements à leur encontre.

En 1923, quand Atatürk fonde la République de Turquie, il fait fait interdire ce qu’il nomme la « secte » des Mevlevi. Leurs couvents sont fermés et le sema devient clandestin

Ce n’est qu’après les années 1950, que les derviches tourneurs sont à nouveau tolérés. Mais, une partie de cette culture s’est perdue. La transmission ne se fait plus dans des couvents mais dans des associations ou centres culturels. Les différentes confréries adaptent un peu les règles, notamment sur la place de la femme dans les sema (voir plus bas).

Heureusement, le sema est classé au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2005.

Aujourd’hui, on peut aussi suivre des formations à la danse des derviches tourneurs dans le cadre de démarches méditatives qui sont ouvertes à tous. On en trouve même en France. Mais les sema que vous pouvez voir à Istanbul dans les lieux que je vous indique ci-après sont réalisés par de vrais derviches tourneurs!

Les femmes chez les derviches tourneurs

Dans la philosophie de Rumi, la femme est considérée comme égale de l’homme (Merci Rumi!). Les femmes peuvent, en théorie, participer aux cérémonies du sema en tant que derviches tourneurs. Elles dansent donc, mais en étant séparées des hommes.

Par la suite, des mevlevi plus conservateurs vont l’interdire. Les femmes se contentent alors d’assister aux cérémonies sans y prendre part et sont cachées aux regards des hommes… Pourtant, certains maîtres mevlevis les autorisent à nouveau. C’est le cas du maître spirituel Hasan (Çıkar) Dede à Istanbul. On peut donc voir des femmes derviches tourner parmi des derviches hommes! (et je vous dis où juste en-dessous!)

Où voir une cérémonie de derviches tourneurs à Istanbul?

Avant la dissolution par Atatûrk des Mevlevis, les derviches tourneurs vivaient dans des couvents, que l’on appelle tekke . Aujourd’hui, la plupart des derviches tourneurs ont des vies « civiles » et se réunissent uniquement pour les cérémonies. Pour autant, ce sont de « vrais » derviches qui effectuent leur sema avec sincérité et authenticité (du moins dans les lieux que je vous indique).

C’est pourquoi, l’ancien tekke de Galata a été transformé en musée. Vous pouvez donc le visiter en préalable à la cérémonie pour vous immerger dans la vie des derviches tourneurs.

Par ailleurs, veillez à respecter ces quelques consignes :

  • Toujours arriver avec 15 minutes d’avance au moins, car après l’heure, c’est plus l’heure! Les retardataires ne seront pas admis dans la salle pour ne pas déranger la cérémonie (je le rappelle, le sema n’est pas un spectacle!). De même, on ne sort pas avant la fin!
  • On n’applaudit pas et de manière générale, on évite tous les bruits parasites (sonnerie de téléphone et bavardage ;-))
  • Si les photos sont autorisées, c’est sans flash!
  • Dans certains lieux, les jeunes enfants ne sont pas admis, pour ne pas gêner la cérémonie. (honnêtement ils s’ennuieraient…).
  • Il ne faut pas croiser les jambes (mais là, je n’ai pas d’explication!)

En revanche, il n’y a pas de contrainte particulière pour votre tenue vestimentaire. Donc mesdames, pas besoin d’un voile.

Voici donc ci-dessous, les principaux endroits où vous pouvez assister à une véritable cérémonie de Derviches tourneurs à Istanbul.

(Si vous souhaitez un minimum d’authenticité, évitez les spectacles pour touristes qui mélangent derviches tourneurs, danse du ventre, repas et croisière sur le Bosphore!!!)

Les Derviches Tourneurs de Galata et son musée

L’ancien couvent des derviches tourneurs de Galata est aujourd’hui reconverti en musée. Vous y verrez une exposition intéressante sur le quotidien des derviches de Galata et la jolie salle du semahane, où avait lieu le sema, déjà à l’époque.

semahane, salle du couvent des derviches tourneurs de Galata où  a lieu le sema
semahane du tekke de Galata

L’accès au musée est inclus avec le MuseumPass ou la MüzeKart+, sinon il vous en coûtera 12TL.

Vous devrez par contre payer en sus pour la cérémonie du sema qui a lieu uniquement les dimanches, à 17h. Les réservations ne se font que sur place, la veille ou le jour-même avant midi. Le prix est de 100TL par personne.

Le sema a lieu dans la salle historique où il s’effectuait jadis!

Le semahane de Galata est situé juste à la sortie du Metro 2, station Şishane. Ou en haut du funiculaire Tünel.

Les Derviches Tourneurs de Hodja Pasha

Certainement la cérémonie la plus prisée des touristes car ici, tout est fait pour vous faciliter les choses.

Tout d’abord, le sema a lieu dans un très beau hamam restauré avec goût.

semahane de Hodjapasha à Istanbul où a lieu le sema des derviches tourneurs. très belle salle de spectacle
semahane de HodjaPasha

Une petite expo dans la première salle vous permet de vous familiariser un peu avec l’histoire et la signification du sema. Un livret explicatif, traduit en français vous est donné à l’entrée. Et pendant le sema, des informations sont projetées en anglais pour décrire chaque étape.

La salle du sema est confortable, avec une belle acoustique et un éclairage idéal qui permettent de se mettre tout de suite dans l’ambiance.

Le sema a lieu tous les jours à 19h! Le prix est de 110 TL par adulte ou 80TL pour les enfants de moins de 12 ans. Par contre, les enfants de moins de 7 ans ne sont pas admis!

Les photos, même sans flash, sont ici interdites!

La réservation et le paiement se font en ligne sur le site www.hodjapasha.com. Les tarifs sont directement affichés en dollars. Vous pouvez aussi tenter votre chance sans réservation, mais c’est souvent plein, surtout en haute saison.

A Hodjapasha, D’autres spectacles mêlant danse du ventre et derviches tourneurs sont aussi proposés tous les mardis, jeudi et samedi à 20h30. Je n’ai pas testé mais si c’est votre cas, n’hésitez pas à m’en parler en commentant cet article!

Une bonne idée, si vous voulez manger un bout en sortant du sema. Prenez la rue tout de suite sur votre gauche. Vous arrivez sur les Tarihi Hocapaşa Lokantalar , une rue où se succèdent des lokanta – les cantines – où viennent manger les travailleurs du quartier. Vous y mangerez bien pour pas cher, en compagnie de stambouliotes, pour une expérience conviviale!

L’accès à la salle Hodjapasha est très facile, avec le Tramway 1, station Sirkeci.

Les Derviches Tourneurs de la gare Sirkeci

A deux pas de Hodjapasha, un concurrent sérieux pour son très bon rapport qualité-prix!

Ici, le sema a lieu dans un lieu qui a du cachet lui aussi, puisqu’il s’agit de la fameuse « gare de l’Orient-Express« . Vous serez installés dans la grande salle d’attente, avec ses beaux vitraux ronds! Le soir, vous verrez la luminosité baisser à mesure que le soleil se couche….

derviche tourneur dans le semahane de la gare de Sirkeci, ancienne gare de l'orient-express, à Istanbul
gare de Sirkeci

Les cérémonies ont lieu tous les jours à 19h30 en période estivale, mais moins souvent en hiver.

Ils n’ont pas de site internet, mais il est possible de réserver par téléphone, avec paiement sur place, au 0541 271 30 84. Le plus souvent, ce sont les rabatteurs qui, situés à l’entrée de la gare vous interpellent gentiment. Vous pouvez ainsi réserver pour le jour-même.

Le tarif est de 70TL par adulte et 50TL pour les étudiants. C’est gratuit pour les enfants, qui ici sont acceptés sans limite inférieure d’âge! Ils ne font généralement pas le plein, il est donc possible de négocier 😉

L’autre avantage c’est que les photos ici sont autorisées! (sans flash!)

En revanche, on ne vous donne pas vraiment d’information en dehors d’un petit dépliant en anglais. Du coup, les autres spectateurs auront tendances à applaudir pendant le « spectacle » sans forcément comprendre la signification de toute la cérémonie. Ce qui n’est pas votre cas puisque vous avez lu cet article 😉 On peut donc dire que l’ambiance est moins spirituelle que dans les autres adresses que je vous indique.

L’accès à la gare Sirkeci est très facile, puisque juste en face de l’arrêt de Tram 1, station Sirkeci!

Et en sortant, pourquoi pas poursuivre avec un petit dîner romantique au restaurant l’Orient-Express situé dans la gare, juste à côté!

Les Derviches Tourneurs de Silivrikapı

Alors voici une adresse pour les plus téméraires qui voudraient assister à une cérémonie totalement hors des circuits touristiques! Pour le coup, on est accueillis par toute une communauté de fidèles Mevlevis. L’expérience est bien plus intense que dans les autres lieux indiqués… mais il faut prévoir plus de temps et de « logistique ».

Cette confrérie se réunie dans le quartier de Fatih, près de la muraille de Constantinople. Autrement dit, un coin d’Istanbul qui n’est guère visité par les touristes et où la population est plus conservatrice. On s’y habille de manière un peu plus couverte… Toutefois, les fidèles qui viennent au Centre Culturel Silivrikapi Mevlana chaque jeudi n’habitent pas forcément ce quartier. Vous y verrez beaucoup de femmes, non voilées pour la majorité, voire même totalement branchées. Et s’il y a autant de femmes, c’est sûrement parce qu’ici, il y a des derviches tourneurs femmes!

Le centre culturel Silivrikapi Mevlana a été fondé sous l’égide du maître spirituel Hasan Çıkar Dede. (décédé il y a quelques mois, en octobre 2018). C’est lui qui depuis 1993 a intégré les femmes derviches tourneurs dans son sema. Une autre de ses innovations est d’ajouter de la couleur dans les tenues des derviches (certains jours). Les tenues des derviches tourneurs de Silivrikapi peuvent ainsi être roses, jaunes, rouges ou blanches pour représenter la diversité des roses du jardin de Mevlana à Konya.

Les mevlevis de Silivrikapi se réunissent tous les jeudis à partir de 19h. Les touristes sont les bienvenus et peuvent s’inscrire par téléphone au +90 542 422 15 44. Le tarif est de 50TL par personne, collation incluse!

Voici comment se déroule la soirée au centre culturel Silivrikapi Mevlana :

  • 19h15 jusqu’à 20h45 : Conférence de Hasan Dede

Les fidèles assistent à une conférence de Hasan Dede avec questions-réponses. Depuis sont décès en octobre 2018, c’est une vidéo qui est projetée sur écran. La conférence est en turc, mais pour les touristes, un lecteur MP3 est distribué pour écouter en anglais des explications sur Hasan Dede, Rumi, et les principes philosophiques des Mevlevis. C’est donc un temps assez long. Mais vous pouvez très bien n’arriver qu’à la fin de la conférence.

  • 20h45 jusqu’à 21h15 : Prière

Je vous conseille de ne pas rater ce moment que vous ne verrez pas dans les autres « spectacles » de derviches tourneurs! La lumière est tamisée. Les fidèles ont rempli la salle et sont assis sur des chaises ou à même le sol devant le maître qui récite la prière. Un homme se lève et se met à pivoter. Les musiciens ont commencé à jouer. Puis, toute la salle se met à psalmodier « Allah » en se balançant d’avant en arrière. Ce moment est très impressionnant, un peu effrayant au début j’avoue…

Prière des derviches tourneurs de Silivrikapi

A la fin de la prière, on vous offrira une petite brioche et un verre d’ayran 😉

  • 21h30 jusqu’à 22h30 : Sema

Le sema, tel que décrit plus haut, commence véritablement à 21h30. La différence avec les autres lieux, c’est d’abord le nombre de derviches tourneurs. Ici, 14 derviches tourneurs sont sur la piste (seuls 4 ou 5 dans les autres). Plus de la moitié sont des femmes! Par contre, l’orchestre n’est pas visible puisque sur le balcon au dessus de nos têtes.

A Silivrikapi les photos (sans flash) sont autorisées!

L’accès en transport en commun n’est pas très facile pour un touriste. Je vous conseille plutôt le taxi ou mieux si vous le pouvez, la voiture (il y a un parking)! Pour le retour, il y a peu de taxi qui circulent dans le coin, mais on peut en appeler via les applications comme Bitaxi ou Ubber. Et je vous conseille de manger avant de venir car point de resto dans les parages!

Adresse du Centre Culturel de Silivrikapi :
Silivrikapı Mevlevihanesi, Veledi Karabaş Mah. Yeni Tavanlı Çeşme Sok. No.6 Silivrikapı / İstanbul / Türkiye


Voici ce long article qui touche à sa fin. J’aurais bien d’autres choses à dire sur les derviches tourneurs d’Istanbul.

Notamment sur l’amitié et le discours inter-religieux qui les lient aux catholiques de la paroisse Saint-Louis des Français, par l’intermédiaire du Frère Gwenolé. Et au sema qui a lieu chaque année dans l’église …

Je pourrais aussi vous rappeler mon article sur les mosquées modernes et innovantes d’Istanbul. Vous verrez que bien que les couvents soient toujours interdits, les derviches tourneurs ont fait construire une salle de sema très moderne à Istanbul…

Mais dans un premier temps, j’espère que comme moi, vous aurez apprécié découvrir les derviches tourneurs, avant d’assister à l’un de leur sema à Istanbul.

Et je prends le pari que vous aussi vous essayerez de reproduire leur danse dans votre salon, avant de vous affaler dans le canapé avec la tête qui tourne! (en tous cas, moi c’est ce que j’ai fait ;-))