Deux jours pour visiter la péninsule de Gallipoli, le détroit des Dardanelles et la mythique Troie…

En voilà une drôle d’idée! Consacrer un week-end à visiter les sites historiques de deux guerres. Pas très fun a priori. Et pourtant, c’est une idée d’excursion à quelques heures d’Istanbul qui réserve de belles surprises. D’abord parce que Çanakkale est une petite ville bien sympathique au bord de l’eau. Ensuite parce que le détroit des Dardanelles, c’est franchement joli. Et enfin, car c’est l’occasion de réviser ou d’apprendre plein de choses intéressantes sur l’histoire de la Première Guerre Mondiale ou de la Guerre de Troie

Dans cet article, je vous fais le récit de notre week-end à Çanakkale, passé en famille à la fin décembre 2019. Je commencerai donc par parler de Çanakkale, la Péninsule de Gallipoli et la Bataille des Dardanelles. Et je poursuivrai dans un prochain article sur la visite de Troie et de son fameux cheval!

Les infos pratiques pour un week-end à Çanakkale

Comment se rendre à Çanakkale?

Depuis Istanbul, il est possible de se rendre à Çanakkale par la voiture ou le bus.

De nombreuses compagnies de bus desservent la péninsule de Gallipoli et Çanakkale. Avec la compagnie Kamilkoç par exemple, comptez 60TL pour un trajet Istanbul-Çanakkale en 6h30 de route.

Les agences de tourisme peuvent même vous organiser une excursion complète sur 1 ou 2 jours, transport et hébergement inclus.

Si vous vous y rendez en voiture, vous avez la possibilité de descendre sur Çanakkale en empruntant la route qui longe la côte, soit sur la rive européenne, soit sur la rive asiatique. L’une comme l’autre vous prendra un peu plus de 5h de route.

  • Par la côte européenne, les paysages sont plutôt sympa entre bord de mer et champs d’oliviers. Depuis la péninsule de Gallipoli vous pouvez rejoindre Çanakkale en traversant le détroit des Dardanelles. Prenez un bac à Kilitbahir (51TL avec la voiture) pour une traversée de quelques minutes. Il est aussi possible de prendre un bac plus haut à Eceabat.
  • Par la côte asiatique, on traverse des régions plus industrielles donc pas géniales niveau paysage. Mais ce peut être l’occasion, sur le passage, de s’arrêter visiter Bursa ou Iznik. Si vous empruntez le pont entre Gebze et Bursa, pensez à rajouter une centaine de TL au budget!

Meilleure saison pour visiter Çanakkale?

Histoire de ne rien faire comme tout le monde, nous avons choisi de visiter Çanakkale et ses environs, à la plus mauvaise saison. C’est à dire en plein hiver! Parce que forcément fin décembre, il fait froid et humide. Toutefois, avec un bon manteau et un bonnet sur les oreilles, on s’en sort. On profite surtout d’un bon bol d’air qui ravigote! Et la péninsule est quasi déserte en cette saison.

En plein été, ce peut être au contraire un peu trop chaud. Il y a bien quelques plages pour se baigner dans les Dardanelles ou la mer Egée, mais bon… (perso ça me ferait bizarre)

Donc pour le climat, la mi-saison est la plus confortable. Encore faut-il faire attention aux 2 dates clés dans l’année qui attirent une foule considérable. Si vous souhaitez profiter de cette ambiance particulière de commémoration et de recueillement, pensez à réserver très tôt pour les hôtels!

Voici donc les 2 dates qui attirent chaque année une foule immense sur la péninsule de Gallipoli et dont je reparlerai plus en détail à la fin de mon article :

  • Chaque 18 mars : C’est la Çanakkale Deniz Zaferi, victoire navale des turcs à Çanakkale. A travers tout le pays, mais plus encore ici, sur le théâtre-même des opérations, le peuple Turc commémore ses soldats morts lors de la bataille navale des Dardanelles.
  • Chaque 25 avril : C’est l’ANZAC day! Le jour du débarquement sur la péninsule des forces alliées dont en particulier les ANZAC, Australian New Zealand Corps. Cette journée est la plus importante commémoration des Australiens et Néo-Zélandais. Ils sont très nombreux à faire le déplacement jusqu’à Gallipoli en cette période.

A la fin de cet article, je vous retrace en quelques dates clés les différentes phases de la Bataille de Gallipoli.

Se loger à Çanakkale ou sur la péninsule de Gallipoli?

Pour ce week-end, nous avons choisi de loger sur Çanakkale. Et nous ne sommes pas mécontents de notre choix. Nous avons vraiment été agréablement surpris par cette petite ville, jeune et moderne. Le centre historique est petit mais il est agréable d’y déambuler, en découvrant quelques petites boutiques artisanales. Vous pouvez notamment trouver comme souvenir des céramiques dont Çanakkale s’est fait une spécialité. Le long des Dardanelles, la promenade est très bien aménagée. Ne manquez pas le Cheval de Troie qui trône majestueux devant le détroit. C’est la maquette du film Troie dans lequel Brad Pitt avait le premier rôle! De nombreux restaurants vous attendent, mais nous avons surtout adoré leurs glaces et gaufres!

Pour notre hôtel, nous avons séjourné au Daffne Otel. Une petite pension sans prétention mais correcte. Nous y avons passé 3 nuits et étions les seuls clients! Beaucoup d’autres petits hôtels sont situés dans ce quartier central, d’où vous pourrez tout faire à pied : visiter le centre-ville et prendre le bateau pour la péninsule de Gallipoli.

Hors saison, c’est-à-dire d’octobre à mai, et à l’exception des 2 dates de commémoration (18 mars et 25 avril), la Péninsule de gallipoli est quasi déserte. Il n’y a pas véritablement de ville, mais plutôt des villages sans grand intérêt, dont l’offre hôtelière est très faible. Beaucoup d’établissements sont d’ailleurs fermés hors saison. En plein été, il y a un peu plus de choix. On peut même trouver des campings au bord de l’eau!

Que voir autour de Çanakkale?

La Péninsule de Gallipoli et la bataille des Dardanelles

Pour se rendre sur la Péninsule de Gallipoli nous reprenons le bac que nous avions emprunté la veille. Nous traversons les Dardanelles en une quinzaine de minutes. Le tarif du bac pour le trajet est le même que la veille, à savoir 51TL. Mais gardez bien votre ticket grâce auquel vous ne payerez pour le retour que 11TL (soit 62TL aller-retour avec la voiture). Si vous êtes simple piéton, le tarif n’est que de quelques TL.

Notre itinéraire sur la Péninsule de Gallipoli nous a occupé la journée complète. Nous avons circulé en voiture pour plus d’indépendance et de facilité. D’autant qu’en cette saison hivernale, les dolmuş – petits bus – ne fonctionnent pas à plein!

Toute cette extrémité de la Péninsule de Gallipoli est depuis 1973, classée Parc National Historique. Celui-ci couvre une superficie de 330km² de forêt méditerranéenne parsemée de 34 cimetières militaires et autres monuments commémoratifs de la Bataille des Dardanelles. La visite de la péninsule de Gallipoli est l’occasion d’une pensée pour les quelques 500 000 morts au combat durant les 9 mois d’une « sale bataille ». La moitié de ces jeunes victimes étaient turques. L’autre moitié était composée de divers alliés : Anglais, Français, Indiens, Australiens et Néo-Zélandais…

La forteresse de Kilitbahir – Kilitbahir Kalesi

Notre premier arrêt se fait donc dès la traversée des Dardanelles, puisque nous accostons à Kilitbahir. Ce petit village se trouve juste en face de Çanakkale au point le plus étroit des Dardanelles (à peine 1500m), à son embouchure. C’est pourquoi son nom signifie « verrou de la mer« .

De tous temps, ce point a été stratégique, que ce soit pour traverser entre Europe et Asie, ou que ce soit pour contrôler les Dardanelles. Car qui tient Kilibahir tient les Dardanelles! Et ce ne sont pas les Alliés qui diront le contraire…

A cet endroit se trouve donc la forteresse de Kilitbahir. Très jolie et bien restaurée, la visite vaut le coup d’œil. L’entrée est payante à 15TL (gratuit avec la MüzeKart+ ou le Museum Pass Turquie).

Forteresse de Kilitabahir ou château de Kilitbahir sur la Péninsule de Gallipoli face à Canakkale
Forteresse de Kilitbahir

La construction de cette forteresse n’est pas récente, puisqu’on la doit au Sultan Mehmet II. Celui qui, quelques années plus tôt conquiert Constantinople et met fin à l’empire byzantin. Sur la rive opposée, il fait également construire la forteresse de Çimenlik, à Çannakale (moins bien conservée). Dès la fin du 15ème siècle, le « verrou de la mer » est ainsi en place.

Le célèbre Amiral Ottoman Piri Reis est né sur la péninsule de Gallipoli en 1470. Il est surtout connu pour son travail acharné de cartographie. C’est pourquoi vous pouvez voir sa statue de cire dans l’une des salles aménagées du fort.

La forteresse de Kilitbahir se caractérise par sa forme originale et élégante. 3 tours contiguës en forme de trèfle à 3 feuilles, dominé par un donjon en son centre. Des paliers en bois permettent aujourd’hui de monter à l’intérieur du donjon (un peu dur pour ceux qui ont le vertige!). On y voit quelques mannequins de cire qui témoignent de la vie des soldats et habitants il y a quelques siècles.

Une 4ème tour plus au sud – appelée Tour Jaune – a été rajoutée par le Sultan Soliman le Magnifique. Elle se visite également, ce qui permet de monter au sommet et profiter de la vue! Vous pouvez d’ailleurs faire le tour complet du haut des murailles. De la haut, on devine ainsi les douves qui courraient le long de la façade terrestre.

Comptez 1/2 heure pour cette visite sympathique qui nous fait remonter aux origine de cette place-forte défensive.

Bastion de la prière – Namazgah Tabyası

En sortant de la forteresse de Kilitbahir, juste devant vous, vous ne pouvez pas rater cette immense complexe de bunkers qui longent la côte. Avec leurs toitures végétales et leurs portes arrondies, on pourrait presque se croire arrivé dans la Contée du Milieu, chez les Hobbits (cf. Le Seigneur des Anneaux…).

Bastion de la Prière ou Namazgah, ensemble de bunkers turcs sur la Péninsule de Gallipoli face au détroit des Dardanelles
Village Hobbit??!

Ce bastion que l’on appelait auparavant Rumeli Aziziye Tabyası, a été bâti par le sultan Abdülaziz au cours du 19ème siècle.

Il est aujourd’hui appelé bastion du Namazgah, ce qui signifie prière, car durant la Bataille des Dardanelles, c’est ici que les prières du vendredi se faisaient, en plein air. Les bunkers du bord de mer ne sont pas ouverts au public, mais il est possible de se promener devant. Le bunker situé au centre, en revanche, a été converti en musée.

Ce musée – Kilitbahir Namazgah Tabyası Müzesi est dédié à la bataille navale des Dardanelles. L’entrée est de 2TL par adulte. Le bâtiment qui l’abrite est donc un ancien bunker qui servait alors d’arsenal et de QG. On y voit aujourd’hui une collection de vestiges de guerre, pièces d’artilleries ou effets personnels de soldats turcs et alliés. Une salle présente les maquettes des cuirassés coulés dans les Dardanelles et une vidéo est projetée pour raconter la bataille (en turc).

Un morceau du mur a été détruit pendant la guerre et a été simplement vitré pour conserver cette cicatrice de l’histoire.

La visite de l’ensemble du site ne prend qu’1/2 heure. Elle permet de se donner une petite idée de ce que pouvait être la vie dans les bunkers. Surtout en se promenant le long du bastion – promenade agréable au demeurant – on se rend bien compte à quel point la tentative des alliés pour franchir les Dardanelles était périlleuse. Sans compter les mines flottantes qui recouvraient la surface de l’eau!

Pour l’anecdote, ces bunkers en turc s’appelaient bonet, terme emprunté au français car ils ont cette forme de bonnet, tout simplement!

Musée de l’hôpital – Hastane Müzesi

On reprend maintenant la voiture pour rejoindre tranquillement le village de Alçıtepe, au centre du parc national historique de Gallipoli. (20 minutes de route).

En arrivant sur le village, notre curiosité nous pousse à nous arrêter sur un grand parking désert. C’est celui du musée de l’hôpital. Nul doute qu’en été les bus s’y arrêtent en masse, mais là, nous sommes seuls.

Et franchement, on ne peut pas dire qu’il laisse indifférent… Tout d’abord on entre dans la cours d’une belle demeure d’époque qui semble avoir servi d’hôpital de guerre pendant le conflit.

Nous y voyons une vaste reconstitution de campements, ambulances, blessés et infirmières… plus vrais que nature. Et le clou du « spectacle » c’est quand une bande-son se met à hurler à vos oreilles : bruit de mitraillette, cris des blessés qui agonisent, hurlement des soldats, … tout y est!

Musée de l'Hôpital de Gallipoli, Bataille des Dardanelles pendant la 1ère Guerre Mondiale
Musée de l’Hôpital

Âmes sensibles s’abstenir, mais sinon n’hésitez pas (mes garçons ont adoré!). L’entrée est gratuite et en 15 minutes vous aurez fait le tour.

Musée local de Salim Mutlu

Juste 50 mètres plus loin, on s’arrête dans la maison de Salim Mutlu à Alçıtepe. Ce monsieur a voué sa vie à collectionner des objets de la guerre, qu’il présente au public moyennant 2TL par adulte. Je m’étais bien renseignée avant ce séjour et j’avais lu beaucoup de bien de ce petit musée authentique. En revanche, j’ai été assez déçue. Le lieu m’a surtout donné l’impression d’un bric à brac. Donc un petit tour vite-fait et on repart.

Le mémorial et cimetière turc de Şehitler Abidesi

A 10 minutes par une petite route de campagne, nous arrivons sur LE site du mémorial turc! L’incontournable à ne pas rater. D’ailleurs, vous ne pouvez pas car il est visible à des kilomètres à la ronde, depuis la terre ou depuis la mer.

Şehitler Abidesi signifie en turc le monument aux martyrs. Ce que nous traduirions en français plus simplement par mémorial ou monument aux morts. Mais il est intéressant de noter que le terme de martyr est en Turquie très largement utilisé. Alors que nous le réservons à des « personnages morts pour leur foi », les turcs l’utilisent pour tous leurs morts tombés à la guerre, ou plus récemment lors de la tentative de coup d’état du 15 juillet 2016. Ne soyez donc pas étonnés de voir des panneaux « Şehit » un peu partout. Tous ne valent pas la peine d’un arrêt! (sinon, il faudrait y passer une semaine).

Donc ici, nous sommes sur le principal cimetière turc, où se dresse l’immense mémorial dans les hauteurs de la Péninsule de Gallipoli. On gare la voiture et on marche 5 minutes pour atteindre ce site très paisible et majestueux. Les stèles funéraires, de couleur rouge, s’alignent dans un parc paysager. Chaque emplacement contient plusieurs dizaines de dépouilles. Ce qui est assez émouvant.

Du mémorial, la vue sur le détroit des Dardanelles et la péninsule est magnifique. On a du mal à s’imaginer quel enfer ça a pu être pendant ces 9 mois de massacres…

Le mémorial et cimetière français

Tout proche, mais pas forcément facile à trouver, se trouve le cimetière français. (après 1.5km vers Seddülbahir, prendre le chemin qui monte sur votre droite au niveau de l’héliport). Evidemment, c’est une étape que l’on ne peut pas esquiver pour le devoir de mémoire!

Moins impressionnant et plus discret que le précédent, le cimetière français de Gallipoli est pourtant celui que j’ai trouvé le plus touchant. (tout chauvinisme mis à part bien-sûr!). Des rangées de croix montent dans la garrigue sous les arbousiers et les romarins. En observant les noms qui figurent sur les croix, on se rend bien compte de la diversité des origines de nos jeunes soldats morts pour la France.

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Cimetière français

Au moment de lancer la Bataille des Dardanelles, la France était déjà bien empêtrée sur son propre territoire, dans les tranchées de la Marne. Aussi, le Maréchal Joffre ne pouvait mobiliser trop de ses soldats métropolitains sur cette opération orientale, voulue par les anglais. La moitié des troupes provenaient donc des colonies (Afrique et Afrique du Nord). Sur les 79 000 soldats engagés dans la bataille, 15 000 reposent ici, dont seulement 2 340 ont pu avoir une tombe à leur nom. Tous les autres ont été ensevelis sans avoir pu être identifiés dans les 5 ossuaires au pied du mémorial.

Si nos « Poilus » tombés dans la Somme sont aujourd’hui encore, régulièrement visités par nombre de français, nos « Darda » ont été un peu les oubliés de notre Histoire de France. C’est assez triste de voir ce cimetière vide. Tous ces corps qui reposent si loin de chez eux méritent largement que l’on vienne s’y recueillir.

En France, c’est à Marseille que vous trouverez le seul Monument dédié à nos Poilus d’Orient. Face à la mer, à travers cette arche, le regard se porte vers les Dardanelles… Paix à leur âme.

Bunkers et tranchées du Cap Helles

Seddülbahir est le village le plus proche, à 10 minutes de route. Il est situé à la pointe de la péninsule de Gallipoli, sur le Cap Helles. C’est un nom qui vous parle peut-être, car le Cap Helles est l’un des deux principaux sites de débarquement qui furent choisi par les Anglais à l’aube du 25 avril 1915. La configuration du site et les défenses bien établies par les Turcs ont conduit à une hécatombe.

Sur les hauteur du village, on arrive au mémorial du Cap Helles, dédié aux anglais. Juste à côté, quelques bunkers s’alignent, ainsi que des petites tranchées. De ce point de vue, nous pouvons contempler la plage V en contre-bas. Prise entre le bastion où nous nous tenons et le fort de Seddulbahir en face, on constate la souricière qu’était cette plage V!

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Plage V du Cap Helles

Mais c’est pas tout ça, il commence à faire faim. Donc nous remontons vers le village de Alçıtepe pour manger au Şelale Kir Lokantasi. Nous étions encore les seuls clients, mais on s’est régalé pour trois fois rien.

Le Musée de Kabatepe – Kabatepe tanıtma müzesi

Nous reprenons la route vers le Nord en longeant la côte égéenne jusqu’au Musée de Kabatepe. C’est le grand musée, tout moderne, sur la Bataille des Dardanelles. L’entrée est payante à 10TL.

Dans ce musée vous verrez de nombreuses maquettes, reconstitutions et mannequins de soldats de chaque nation. Nous y avons passé une grosse demi-heure.

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Les ANZAC face aux Turcs

Pas plus, car il nous reste encore à parcourir la route qui s’étend au nord et qui fût le théâtre du débarquement des ANZAC et des 9 mois d’enfer dans les tranchées. C’est également le secteur sur lequel s’est particulièrement illustré Mustafa Kemal.

Le mémorial et cimetière australiens de Lone Pine

En sortant du Musée de Kabatepe nous avons un peu roulé sur la côte vers la plage de l’ANZAC et la baie de Suvla, sans toutefois aller au bout, car la route semblait fermée. Peut-être qu’en haute-saison les routes sont plus dégagées.

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plages à l’approche d’ANZAC Cove

Nous rebroussons donc chemin pour emprunter la route qui monte dans les hauteurs vers le site de Lone Pine. C’est une route à sens unique qui forme une boucle de 15km jusqu’à revenir sur le Musée de Kabatepe.

Tout au long de ce circuit s’égrainent une multitude de cimetières et mémoriaux. On ne s’arrête pas à tous, mais principalement à Lone Pine, le plus emblématique des ANZAC.

Pendant la Bataille des Dardanelles, les britanniques mobilisent leurs colonies indienne, néo-zélandaise et australienne. Pour ces derniers, appelés ANZAC, c’est la première fois qu’ils s’engagent dans une guerre. Leurs bataillons sont uniquement composés de volontaires. Ce baptême du feu se solde par de lourdes pertes.

A compter de leur débarquement du 25 avril 1915, 8700 australiens meurent à Gallipoli, notamment entre les 6 et 9 août pour la conquête de ce secteur de Lone Pine.

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Cimetière et mémorial de Lone Pine

Ce nom provient d’un pin solitaire planté à l’entrée du cimetière, marqué d’une plaque. Un soldat australien avait ramassé une pomme de pin pour l’envoyer en Australie. De l’une de ses graines a poussé un pin. Plus tard, c’est une graine de ce pin qui a été plantée là, à Lone Pine. Une jolie symbolique de la réconciliation et du souvenir.

Peu après Lone Pine, on constate que les tranchées qui s’étalaient ici sont toujours visibles. On peut s’approcher encore de certaines d’entre elles, dont les entrées ont été bouchées par sécurité. Ces galeries, aujourd’hui instables, courent sous le sol de la pinède qui a repris ses droits.

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Anciennes tranchées encore visibles

Nous nous rentrons tranquillement à notre hôtel de Çanakkale en profitant du paysage et du coucher de soleil…

La Bataille des Dardanelles en quelques dates clés

A l’été 1914 : la 1ere guerre Mondiale éclate. Dans un premier temps, les ottomans restent officiellement neutres, mais une alliance secrète est conclue avec les allemands.

Le 31 octobre 1914 : l’empire Ottoman déclare la guerre aux Alliés de l’Entente (France, Royaume-Uni, Russie) après avoir attaqué les Russes à Odessa. Le commandement de l’armée turque est confié au Général allemand Otto Liman Von Sanders.

Le 2 janvier 1915 : La Russie demande l’aide des Alliés. Winston Churchill, qui est alors 1er Lord de l’amirauté britannique décide d’organiser une attaque navale. L’objectif est de prendre le contrôle des Dardanelles et ainsi pouvoir rallier la Russie par la Mer Noire. Français et Anglais mobilisent notamment leurs colonies.

Le 19 février 1915 : La flotte anglaise et française commence à bombarder les fortifications et à déminer les eaux à l’entrée des Dardanelles.

Le 18 mars 1915 : La grande bataille navale est lancée. Les cuirassés alliés (14 britanniques et 4 français) forcent le détroit des Dardanelles pour pilonner les positions ottomanes. Mais l’artillerie turque et surtout leurs mines flottantes coulent 3 cuirassés (dont un français, Le Bouvet, qui sombre en 2 minutes. Sur ses 700 hommes, seuls 70 survivent) et en endommagent 4 autres. Les Alliés doivent reculer. La victoire est éclatante pour les turcs qui célèbrent chaque année cette date anniversaire.

Après la débâcle de la bataille navale, le commandement britannique, contre l’avis de Churchill, décide de passer à une offensive terrestre.

Le 25 avril 1915 : Les Alliés organisent un débarquement dans la nuit, pour prendre la péninsule de Gallipoli. La stratégie repose sur 3 manœuvres :

  • Les français sont chargés de créer une diversion en débarquant sur la côte asiatique. Ils réussissent à prendre le fort de Kumkale, mais on leur demande ensuite d’abandonner le terrain pour venir renforcer les britanniques au Cap Helles.
  • Pendant ce temps, les anglais débarquent donc au Cap Helles, sur différentes plages de la pointe de la Péninsule de Gallipoli. A Seddülbar (plage V), les soldats sont accueillis sous le feu de l’artillerie turque, faisant 3000 morts sur les 9000 engagés.
  • Les ANZAC doivent débarquer plus haut sur la côte égéenne pour couper l’accès terrestre à la péninsule. Mais une erreur d’orientation les fait arriver sur la baie aujourd’hui appelée ANZAC cove, coincés au pied de falaises abruptes. Au sommet, le jeune Lieutenant-Colonel Mustafa Kemal qui est en exercice avec l’un de ses régiments, engage un combat au corps à corps pour repousser les ANZAC. C’est le début de l’enlisement dans les tranchées.

En quelques jours, environ un tiers des effectifs sont décimés, de chaque côté. Les alliés demandent un renfort qui n’arrive que trop tard et le ravitaillement en vivres et en munition ne suit pas. Les soldats vont vivre un été terrible dans les tranchées.

Pendant que les anglais tergiversent et limogent Churchill, les turcs renforcent leur défense et passent à l’offensive sur ANZAC cove.

L’ANZAC Day est aujourd’hui commémoré par les Néo-Zélandais et Australiens tous les 25 avril.

Le 6 août 1915 : Un nouveau débarquement a lieu dans la baie de Suvla. Les 25 000 soldats ne reçoivent pas l’ordre d’avancer avant le 9 août, laissant le temps à Mustafa Kemal d’organiser sa contre-attaque.

Sous la chaleur de l’été 1915, le manque de nourriture et d’eau entraîne la propagation de maladies. Cadavres, rats et mouches envahissent les tranchées.

A partir de septembre 1915 : La Bulgarie attaque la Serbie et entre dans la guerre aux côtés des turcs et des Allemands. Les alliés décident alors d’abandonner les Dardanelles pour porter secours aux Serbes. Les français sont les premiers à évacuer l’enfer des Dardanelles pour rejoindre Thessalonique en Grèce. Les 80 000 britanniques restants sont évacués en cachette, sans que les turcs s’en rendent compte. En janvier 1916 les alliés ont entièrement évacué Gallipoli.

Les 9 mois que dure la Bataille des Dardanelles, laisse plus de 400 000 morts et blessés dans les deux camps, Turc et Allié. Pour les seuls Alliés on déplore 55 000 morts ou disparus, 100 000 blessés et 125 000 malades. 120 000 morts sont enterrés dans les 32 cimetières et 28 fosses communes répartis sur la péninsule de Gallipoli…

Après cette victoire des Turcs, l’Empereur Allemand Guillaume II parade à Constantinople. Mais 3 ans plus tard, la 1ere Guerre Mondiale se termine enfin. Les allemands sont vaincus et l’empire ottoman démantelé. Entre temps, Mustafa Kemal est devenu Général, et son aura de héros le conduit bientôt à jouer un rôle de premier plan dans la destinée de la Turquie…


Nous refermons pour aujourd’hui notre livre d’histoire sur la Première Guerre Mondiale et la Bataille des Dardanelles. Demain, c’est l‘Iliade d’Homère que nous découvrirons, lors de la visite de la mythique Troie! D’ici là, allons à Çanakkale manger une bonne gaufre aux fruits et sauce chocolat en guise de dîner 😉